Chroniques des canicules françaises

La France n’échappe pas aux canicules. Depuis l’Antiquité, des vagues de chaleur ont marqué son histoire. Sécheresses, incendies, crises agricoles… Autant d’épisodes qui impactent le quotidien des Français.
Canicules antiques et médiévales
Origine de la “canicule” :
Le mot vient de canicula, « petite chienne » en latin. Pline l’Ancien, naturaliste romain, affirmait que le lever de cette étoile renforçait les rayons du soleil, faisait bouillir les mers, fermenter le vin et rendait les chiens furieux. En 218 av. J.-C., lors du passage des Alpes par Hannibal et ses éléphants, les chroniques évoquent déjà une chaleur exceptionnelle.
Sécheresses médiévales :
Les récits de l’époque montrent des étés extrêmement secs. En 1303, un anticyclone bloque les pluies du printemps à l’automne. La Loire, la Seine, le Rhin et le Danube sont à sec. Les cernes des arbres indiquent une sécheresse exceptionnelle et les récoltes souffrent. Les étés 1305 et 1306 connaissent le même sort, provoquant famines et migrations, sans qu’on en connaisse le bilan exact.
Le méga-sécheresse de 1540 :
Les archives racontent qu’en 1540, une sécheresse exceptionnelle s’étend de la France à la Pologne pendant près d’un an. Les températures dépassent 40 °C, des forêts et des villes partent en flammes, les rivières se traversent à pied et le bétail meurt en masse. À Besançon, les habitants se réfugient dans les caves dès neuf heures du matin, et la terre se fissure si profondément qu’on y enfonce un pied. L’économie vacille : les moulins à eau s’arrêtent, le prix du pain et du lait explose, et l’eau devient plus chère que le vin. Les autorités religieuses organisent des processions, tandis que certains cherchent des coupables et accusent des minorités d’avoir provoqué les incendies.
Les chaleurs de 1718‑1719 :
Au début du XVIIIᵉ siècle, en plein “petit âge glaciaire”, la France suffoque sous une chaleur étouffante. Ces canicules, aggravées par la famine, auraient causé près de 700 000 morts. Les récoltes brûlent, la Seine s’assèche et les théâtres parisiens ferment leurs portes. Entre avril et octobre 1718, pas une goutte de pluie. Le thermomètre grimpe jusqu’à 45 °C à Paris et les arbres fruitiers fleurissent deux fois. La disette qui suit provoque des émeutes du pain dans plusieurs régions.

Chaleurs des XIXᵉ et XXᵉ siècles
L’été 1811 :
Au XIXᵉ siècle, plusieurs étés sont très chauds. En 1811, année de la comète, la chaleur produit un vin exceptionnel. À Paris on note des températures autour de 35 °C et les théâtres ferment par mesure de précaution. L’été 1850 est également chaud et coïncide avec une épidémie de choléra, le thermomètre atteint 34 °C.
L’été 1911 :
La France de la IIIᵉ République vit l’une des plus longues canicules de son histoire. Du 5 juillet au 13 septembre 1911, une vague de chaleur accompagnée de sécheresse sévit 70 jours et cause environ 40 000 morts en Europe. À Paris, les journalistes décrivent une “voyageuse envahissante” qui assomme les chevaux, fait éclater les pneus et vide les maisons. Le thermomètre dépasse 35 °C. Les fontaines sont prises d’assaut, les récoltes grillent et les enfants et personnes âgées sont particulièrement touchés.
Le record de 1947 :
Après une accalmie pendant l’entre‑deux‑guerres, la France subit un été exceptionnel en 1947. Le 28 juillet, Paris enregistre 40,4 °C, un record qui reste inégalé jusqu’en 2019. Cette chaleur extrême se produit dans une ville encore marquée par les pénuries de l’après‑guerre et provoque des pertes agricoles et des incendies.
La canicule de 1976 :
Du 26 juin au 10 juillet 1976, une canicule frappe la France. Les températures dépassent 30 °C pendant plusieurs jours, aggravant une sécheresse qui dure depuis l’hiver. Environ 4 500 personnes meurent lors de cet été. Le gouvernement instaure un prélèvement exceptionnel pour indemniser les agriculteurs, connu sous le nom d’impôt sécheresse. Cette crise marque un tournant : l’État reconnaît pour la première fois l’impact économique d’une canicule.
Le coup de chaud de 1983 :
Du 9 au 31 juillet, une vague de chaleur frappe la France. Localement, les températures dépassent les 40 °C, avec 42,5 °C à Saint-Raphaël et 42 °C à Paray-le-Monial. Vichy, Clermont-Ferrand et Saint-Étienne enregistrent 41 °C. On recense environ 2 900 décès. L’épisode, plus court que celui de 1976, incite les autorités à diffuser leurs premières consignes, sans qu’un plan national ne soit encore mis en place.

Canicules contemporaines
2003, l’événement déclencheur :
Du 2 au 17 août 2003, la France subit sa canicule la plus intense depuis 1947. Le thermomètre atteint des records (37 °C à Paris, plus de 40 °C dans le Midi). Près de 15 000 personnes meurent en France, principalement des personnes âgées. Les températures dépassent les 38 °C pendant 15 jours consécutifs. Cette catastrophe provoque un véritable électrochoc. Des ministres démissionnent, le pays prend conscience de la vulnérabilité des personnes isolées et, l’année suivante, un système d’alerte et des plans canicule sont instaurés.
2006, 2015 et 2018 :
Une canicule, du 10 au 28 juillet 2006, cause plus de 1 000 décès. En 2015, quatre épisodes de chaleur se succèdent et entraînent environ 1 700 morts, avec des vagues qui débutent dès juin et se prolongent jusqu’en septembre. L’été 2018, marqué par un épisode du 24 juillet au 8 août, provoque environ 1 500 décès et fait de 2018 le deuxième été le plus chaud depuis 1947.
2019, l’année des records absolus :
L’année 2019 connaît deux vagues de chaleur marquantes. Fin juin, la première fait tomber des records : le 28, le thermomètre grimpe à 46 °C à Vérargues, dans l’Hérault, et atteint 42,6 °C à Paris le 25 juillet.
2020 et 2022 :
La canicule d’août 2020 dure une semaine et compte parmi les cinq plus intenses, même sans record battu. En 2022, trois vagues de chaleur successives provoquent 2 816 décès supplémentaires par rapport à la moyenne, soit une hausse de 16,7 %.
2023 et après :
L’été 2023, marqué par plusieurs vagues de chaleur tardives, entraîne 5 167 décès en France, dont près de 3 700 chez les plus de 75 ans. Selon Météo-France, on dénombre depuis 1947 cinquante épisodes de canicule : 17 avant l’an 2000 et 33 depuis.


