La dictature des bonnes manières

En France, les bonnes manières dépassent le cadre de la politesse. Elles disent tout de vous, de votre milieu et de votre niveau d’éducation.
Les règles de politesse

La politesse ouvre toutes les portes. On dit bonjour avant de demander un prix ou un service. Si oublier cette étape est banal ailleurs, ici, vous allez vite comprendre que les mœurs sont différentes. Un “bonjour” ne sert pas seulement à faire joli, il donne de la reconnaissance à l’autre personne.
Le vouvoiement fonctionne de la même manière. Il permet de garder une distance, et cette distance maintient la bonne relation. Dans un commerce ou une administration, le “vous” évite d’entrer trop vite dans l’intimité. Le problème vient de sa bonne utilisation. Dire “tu” trop vite est maladroit. Garder “vous” trop longtemps gèle la relation.
- Une phrase trop directe sera souvent mal reçue, même si elle est claire.
- Une phrase trop enthousiaste sera souvent perçue comme naïve ou excessive.
- Une phrase trop approximative vous fera perdre du crédit.
Celui qui parle “bien” et avec le bon ton, paraît souvent plus légitime que celui qui parle seulement vrai.
Le classement

Les Français aiment dire qu’ils jugent peu l’apparence. C’est bien évidemment faux. Ils remarquent vite une tenue trop voyante ou trop négligée, trop sportive ou trop apprêtée. Le style idéal est à spectre réduit. Assez soigné pour montrer du respect, assez naturel pour ne pas avoir besoin d’approbation.
Il ne faut pas trop montrer qu’on cherche à plaire ou à réussir. L’élégance aime l’air naturel, même quand ce naturel demande des heures de travail. Une personne trop préparée sera jugée. Une personne pas assez soignée aussi. Entre les deux, il existe ce fameux “bon goût”, cette règle que tout le monde commente, mais que personne ne vous explique.
Une coupe de cheveux, une paire de chaussures, un accent ou votre façon de manger diront tout de vous. Personne ne sortira une fiche pour vous noter, ce serait trop vulgaire. Mais le regard, lui, travaille plus vite et plus efficacement. Il classe et compare en silence. Vous venez de saisir le fameux air hautain à la française. Un jugement rapide, mais rarement assumé.
L’épreuve de la conversation

Discuter peut vite ressembler à une joute verbale. On peut corriger un mot ou nuancer une idée. Le désaccord n’est pas forcément un conflit, il fait partie du jeu. Mais pour un étranger, ce jeu peut rapidement sembler dangereux, surtout quand la correction arrive brutalement.
Cette habitude vient de notre rapport à l’argumentation. L’école valorise la dissertation, le plan et la nuance. Dans la conversation, cela peut parfois donner de très beaux échanges. Cela donne aussi des repas où tonton vous explique pendant dix minutes pourquoi votre argumentation est erronée. Le Français ne cherche pas toujours à écraser le débat. Il veut souvent gagner en précision. La nuance est confortable pour lui, un peu moins pour celui qui vient de se faire couper sa phrase…
Concrètement :
- Un Américain trop exubérant passe pour superficiel (awesome !).
- Un Espagnol ou un Italien trop expressifs seront vus comme bruyants.
- Un Anglais trop indirect semblera flou et indigne de confiance.
La France aime l’universel, mais elle supporte parfois mal les codes qui ne ressemblent pas aux siens. Ici, on ne juge pas seulement ce que vous faites, on juge aussi la manière dont vous le faites.

