Le calendrier révolutionnaire français

En 1793, la France révolutionnaire change de calendrier. Adieu dimanche et adieu les saints. Le calendrier républicain veut faire table rase et effacer la monarchie. Pendant douze ans, les Français vivent au rythme des semaines de dix jours…
Une nouvelle manière de compter le temps

La Révolution ne se contente pas de remplacer le roi, elle change aussi la manière de compter les années. Le nouveau calendrier commence à la naissance de la République, le 22 septembre 1792, jour d’équinoxe d’automne. Cette date devient le 1er vendémiaire an I. Le système est adopté officiellement par la Convention en 1793 et reste en vigueur jusqu’au 1er janvier 1806, quand Napoléon rétablit le calendrier grégorien.
L’année républicaine est facile à comprendre. Elle compte 12 mois de 30 jours, soit 360 jours, plus 5 ou 6 jours supplémentaires en fin d’année. Ces journées en plus s’appellent les “sans-culottides”. On arrive donc à 365 ou 366 jours, comme dans le calendrier classique. Les mois portent des noms qui suivent le climat français : vendémiaire pour les vendanges, brumaire pour les brouillards, nivôse pour la neige, floréal pour les fleurs, thermidor pour la chaleur, fructidor pour les fruits. L’année commence en automne et se termine autour du 21 septembre.
Les révolutionnaires veulent aussi casser le rythme religieux de la semaine. La semaine de 7 jours disparaît. À la place, on trouve la “décade” de 10 jours. Chaque mois contient trois décades. Les jours s’appellent primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi et décadi. Un seul jour de repos, le décadi, remplace le dimanche. L’idée est moderne sur le papier, avec un temps organisé en base 10, comme le système métrique, mais il va falloir travailler plus, beaucoup plus.

Un calendrier sans saints

Dans le calendrier grégorien, on fête les saints. Dans le calendrier républicain, on fête surtout la nature et le travail. Chaque jour porte le nom d’une plante, d’un animal ou d’un outil. Le 1er vendémiaire est le jour du raisin, le 2 du safran, le 3 de la châtaigne. Plus loin dans l’année, on rencontre le cheval, la vache, le lapin. En plein hiver, on croise la faucille, la bêche ou le fléau. Le 12 pluviôse est officiellement le jour du Brocoli.
Les jours supplémentaires de fin d’année ont aussi leur fonction. Les cinq sans-culottides portent des noms de fêtes civiques : fête de la vertu, du génie, du travail, de l’opinion et des récompenses. Les années dites “sextiles” ajoutent un sixième jour, la fête de la révolution. On ne célèbre donc plus un saint individuel, mais des valeurs politiques et morales censées définir le citoyen idéal. Ces fêtes servent à remplacer les grandes fêtes religieuses traditionnelles.
Derrière ces noms, il y a le poète et député Fabre d’Églantine. Il propose les noms des mois et des jours, avec l’idée de coller au paysage français.Il travaille sur ce projet avec une commission qui réunit le savant Romme et plusieurs astronomes chargés de la partie technique. Ironie tragique, Fabre d’Églantine est guillotiné en 1794, peu de temps après la mise en place du calendrier.

Trop beau pour durer

Sur le terrain, le système reste difficile à appliquer. Les paysans continuent de parler en anciens mois. Les commerçants doivent jongler avec les dates pour traiter avec les pays voisins. Les gens ne comprennent pas toujours les années numérotées en “an VII” ou “an XII”. Même pour les actes d’état civil, la rédaction devient lourde. Les astronomes, eux, s’arrachent les cheveux pour ajouter les jours supplémentaires. À la fin, le calendrier est jugé trop compliqué, peu populaire et pas assez pratique.
En 1805, un rapport de Laplace convainc le pouvoir impérial de revenir au calendrier grégorien. Un sénatus-consulte du 22 fructidor an XIII fixe la fin du calendrier républicain. Le 11 nivôse an XIV correspond au 1er janvier 1806 et marque le retour officiel à l’ancien système. L’administration abandonne alors progressivement les dates républicaines pour revenir au calendrier chrétien traditionnel.

