Mademoiselle chante le blues

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Derrière ce vieux refrain, c’est tout un pays qui aujourd’hui chante le blues. La France a longtemps vécu portée par l’idée d’un progrès collectif. Elle envisage désormais son avenir différemment.

La France aux commandes

Centrale Nucléaire

En se tournant vers le passé, les Français y voient l’image d’un pays qui avait encore son avenir en main. Au lendemain de la guerre, la France se reconstruit, produit et modernise ses logements, ses écoles, ses hôpitaux et son industrie. À cette époque, le pays planifie et façonne son futur.

C’est l’époque de la frénésie des Trente Glorieuses. On sort de terre des routes, des centrales nucléaires, des usines, des grands ensembles et des lignes de chemin de fer. L’État planifie à long terme, les entreprises embauchent à tour de bras, et les familles peuvent enfin se mettre à envisager l’avenir sereinement.

C’est l’époque de l’aîné qui raconte comment il a décroché son premier emploi en quelques jours. Celle du parent qui évoque l’achat d’une maison sans devoir s’endetter sur 30 ans, ou cet ancien ouvrier qui se rappelle l’usine qui faisait vivre toute sa région. Transmises au fil des générations, ces tranches de vie donnent au passé une force que le présent peine aujourd’hui à égaler.

Cette France d’hier proposait une vie simple. Étudier, travailler, se loger, fonder une famille et transmettre. Si le parcours variait selon les milieux sociaux, l’édifice tenait bon. Aujourd’hui, c’est devenu plus compliqué. On peut aligner les diplômes sans aucune garantie d’emploi, travailler dur dans une précarité constante, ou habiter près d’un bassin d’emploi sans jamais avoir les moyens de s’y installer.

La dislocation

Et puis, arrive le grand démantèlement industriel. Quand une usine ferme, ce n’est pas seulement un bâtiment qu’on démolit, ce sont aussi des âmes qui disparaissent. Chaque fermeture est le constat que le pays perd la maîtrise de son appareil de production. Dans ces territoires, le vide laissé est bien plus lourd que les statistiques tronquées du chômage.

La France conserve ses fleurons : le luxe, l’aéronautique, la défense, l’énergie ou encore le tourisme. Ces réussites sont réelles. Mais elles résonnent peu dans ces territoires oubliés. Là où les ateliers ont mis la clé sous la porte, où les centres-villes se désertifient, où les jeunes s’en vont et où les services publics s’éloignent. Le pays reste riche, mais il donne l’impression de subir plus qu’il n’agit, de consommer plus qu’il ne lègue.

Sur le plan médical, la science progresse et les traitements n’ont jamais été aussi performants. Pourtant, trouver un médecin généraliste, obtenir un rendez-vous chez un spécialiste ou être pris en charge rapidement aux urgences relève du miracle. Le progrès technique est là, mais l’accès aux soins se dégrade.

Pour le logement, c’est le même constat. Traditionnellement, s’installer marquait l’entrée dans la vie adulte. C’était s’ancrer, organiser sa vie de famille et se rapprocher de son travail. Aujourd’hui, face à l’inflation, à la rareté des biens et au durcissement du crédit, se loger est devenu mission impossible.

Et puis, il y a la baisse de la natalité. Mettre un enfant au monde exige un minimum de confiance : dans l’école, le travail, le logement et la stabilité du pays. Quand cette confiance s’émousse, la société hésite à se perpétuer. Le choix a beau être personnel, ses répercussions sont profondément collectives.

Un horizon flou

Oui_Non_Non_Bourgogne_2005

À ces difficultés s’ajoute une perte de confiance dans le système. En 2005, la France organise un grand référendum. Cette année-là, les Français s’expriment et rejettent le traité constitutionnel européen. Pourtant, quelques années plus tard, en 2008, le traité de Lisbonne est ratifié par voie parlementaire. Si les responsables politiques y voient une manœuvre conforme aux règles, la mémoire populaire, elle, retient le sentiment d’un vote détourné.

Cet épisode a profondément entamé la confiance envers les institutions. Nombreux sont ceux qui estiment que les vraies décisions se prennent désormais dans les hautes sphères européennes. Bien loin du regard des citoyens, dans un fonctionnement jugé opaque. La politique gère une crise perpétuelle, avec des discours sans lendemain, le tout sur fond de colère sociale et d’érosion démocratique.

Parmi 30 pays étudiés, une enquête Ipsos désigne la France comme la nation la plus nostalgique des années 1970. En effet, 57 % des Français interrogés affirment qu’ils auraient préféré naître cinquante ans plus tôt. La réalité est cynique : notre époque peine à susciter le moindre optimisme.

Sondage Ipsos Nostalgie

Baguette Médecin Fraudeur

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