Un mètre pour mesurer toute la France

Illustration Article Baguette Mètre 16_9

Avant la Révolution, la France mesure avec des centaines d’unités locales. Pour mettre fin à ce désordre, des savants vont parcourir le pays et mesurer la Terre.

Des longueurs différentes

Règle

À la fin du XVIIIe siècle, acheter, construire ou voyager demande de la patience. On parle de pieds, de pouces, de toises, d’aunes, d’arpents ou de lieues. Une unité peut changer de valeur selon la ville ou la province.

Imaginez un marchand de tissu. Il achète dix aunes dans une ville, puis découvre ailleurs que l’aune locale est plus longue. Pour les terres, les grains ou le vin, les écarts sont encore plus grands. Le client est obligé de faire confiance à la règle du vendeur.

L’administration rencontre le même problème. Comment comparer deux terrains, calculer un impôt ou organiser des travaux lorsque chaque région utilise ses propres mesures ? En 1795, la France compte encore plus de 700 unités différentes.

La majorité viennent du corps humain. Le pied évoque la longueur d’un pied, le pouce celle d’un doigt et la toise l’écartement des bras. Ces repères sont naturels, mais ils ne donnent pas une mesure réellement commune.

Quelques repères

Compas
MesureUsage courantValeur autour de Paris
Pied du roiBâtiment, objetsenviron 32,5 cm
ToiseTravaux, grandes longueursenviron 1,95 m
Aune de ParisÉtoffesenviron 1,19 m
Lieue de posteRoutes, voyagesenviron 3,9 km

Ces conversions sont seulement des repères. Dans une autre région, le même mot peut désigner une longueur différente.

Deux savants

Potions

La solution la plus facile serait de choisir une règle conservée à Paris et d’en envoyer des copies dans le pays. Mais les révolutionnaires veulent une unité qui ne dépende ni d’un roi, ni d’une ville, ni de la taille d’un homme.

Ils décident donc de prendre la Terre comme référence. Le mètre doit représenter la dix-millionième partie de la distance entre le pôle Nord et l’équateur, calculée le long d’un méridien.

Jean-Baptiste Delambre et Pierre Méchain partent alors mesurer une partie du méridien entre Dunkerque et Barcelone. Ils utilisent la triangulation. Ils choisissent des points visibles de loin, comme des clochers, des tours ou des sommets. Après avoir mesuré une première ligne au sol, ils observent les angles et calculent les distances suivantes. Plus de cent triangles traversent ainsi la France.

Sur le terrain, l’expédition devient difficile. La France traverse la guerre et la Terreur. Les deux savants transportent des instruments inconnus, grimpent sur les clochers et installent des signaux visibles à plusieurs kilomètres.

Des habitants les prennent pour des espions. La couleur blanche de certains repères éveille même des soupçons royalistes. Delambre est arrêté et temporairement écarté de sa mission. Méchain reste bloqué en Espagne pendant la guerre.

Malgré les routes difficiles et les bouleversements politiques, leurs travaux durent près de sept ans. Leur chaîne de triangles permet de calculer la longueur du méridien, puis celle du futur mètre.

Le mètre légal

Mètre Livre

La loi du 7 avril 1795 institue le système métrique décimal. Le principe est simple : un mètre contient dix décimètres, cent centimètres ou mille millimètres. Le litre et le gramme rejoignent le même ensemble.

Pour changer d’unité, il suffit désormais de déplacer la virgule. Plus besoin de savoir combien de pouces forment un pied, combien de pieds composent une toise ou quelle lieue utilise la ville voisine.

En 1799, un mètre étalon en platine est déposé aux Archives de la République. La France possède enfin sa référence officielle. Pourtant, dans les marchés et les ateliers, les anciennes habitudes ne disparaissent pas.

Les commerçants doivent changer leurs instruments, apprendre de nouveaux mots et convertir tous leurs prix. Beaucoup continuent à penser en pieds, en livres ou en toises.

Napoléon finit par autoriser en 1812 des « mesures usuelles ». Elles reprennent les anciens noms, mais les rattachent au système métrique. La nouvelle toise mesure deux mètres et la nouvelle aune environ 1,20 mètre.

La loi du 4 juillet 1837 met finalement fin à cette cohabitation. À partir du 1er janvier 1840, le système métrique devient la seule référence légale en France. Il aura fallu près d’un demi-siècle pour faire entrer le mètre dans les boutiques et les ateliers.


Escargot

Publications similaires

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Le plus populaire
Le plus récent Le plus ancien